webleads-tracker

Le territoire, acteur clef de l’innovation

Temps de lecture : 5 minute(s)

L’innovation a toujours été considérée comme l’une des clefs de la compétitivité des entreprises et des organisations. Aujourd’hui, elle investit de plus en plus les lieux et leur territoire associé. Il est de plus de plus en plus étroitement associé à la collaboration entre individus. Partant du principe que l’acte innovant demande aujourd’hui de plus en plus de compétences particulières pour être mené à bien, disposer d’environnements idoines estompe la figure de l’entrepreneur seul pour laisser place à des collectifs créateurs.

Que sont les tiers-lieux ?

Cette notion provient du sociologue américain Ray Oldenburg en 1989. Elle recouvre des réalités multiples : les espaces de travail communautaires (lieux ouverts, mutualisés et partagés), les living labs (des environnements ouverts d’innovation en grandeur réelle, où les utilisateurs participent au test et à la co-production des innovations) et de fab labs (plateformes ouvertes de prototypage à l’aide de technologies mutualisées). La spécificité des tiers-lieux réside dans leurs capacités à articulerles trois dimensions essentielles de l’innovation : la spatialité des espaces de co-working, l’aspect sociétal des living labs et la production matérielle dans les fab labs.

Coup d’œil sur l’évolution du lab

Un des projets phare en France est le Google Cultural Institute de Paris qui, depuis 2011, est un acteur clé des innovations culturelles. Le centre a d’ailleurs, comme thématique,s la numérisation et la mise en ligne de collection de partenaires comme le Palais de Tokyo et l’Institut du Monde Arabe.  Ce site est un lieu de rencontre entre les communautés technologiques et créatives afin d’étendre la relation de plus en plus marquée entre l’art et la technologie. C’est ce lab qui participe en majorité à l’enrichissement de la plateforme dédiée de Google, Google arts et culture. L’aspect primordial de l’endroit est de réunir les ingénieurs et les spécialistes de l’art afin qu’ils repensent ensemble la muséographie grâce au numérique. Le thème prépondérant des recherches aux Google Cultural Institute est l’immersion, c’est dans cette optique qu’il a hébergé le prototypage de  Google Cardboard.

Google Culture Institute

Le Google Cultural Institute se différencie des autres espaces de travail communautaire par son goût prononcé pour l’événementiel. En plus de réunir sur le moyen terme des acteurs divers, l’objectif du lieu est d’organiser un maximum de rencontres et d’événements afin qu’il soit un atelier de formation continue. C’est un aspect souvent négligé mais la notion éducative est fondamentale dans le travail de demain. L’institut invite des artistes travaillant autour de ses domaines de compétence afin que ses membres puissent accompagner l’artiste, voire enrichir son œuvre. Ces expériences font que l’atelier de Google attire de plus en plus d’artistes mais aussi des spécialistes du numérique. Centraliser l’activité autour de projets courts et innovants est propre à la logique d’espace de co-working. En modifiant le lieu, Google offre de nouvelle perspective de travail et d’innovation. C’est en enrichissant son espace d’individus et de projets que l’espace communautaire peut devenir un parangon de créativité.

Une fuite en avant irrationnelle ?

L’aspect courtermiste est tout de même à mettre en perspective. Le modèle du lab n’a pas pour but de devenir un espace de travail conventionnel. Il déploie son efficacité pour des travaux de courte durée avec des membres polyvalents qui voguent de projet en projet pour apprendre, avant de se lancer dans une ambition à long terme qui demandera d’autres infrastructures.

Certains projets tentent de dépasser le cadre du travail communautaire classique en réalisant de véritables espaces de vie dédiés aux start-ups. C’est le cas de @home, une ambition immobilière portée par l’homme d’affaire Xavier Niel. Cette résidence pour jeunes entrepreneurs située à Ivry-sur-Seine, dont les travaux devraient prendre fin à l’horizon 2018, s’inscrit dans le prolongement de l’incubateur de la Halle Freyssinet. Ce dernier, qui appartient aussi à Xavier Niel, est en cours de réaménagement et devrait être le plus gros incubateur du monde. Avec @home, le président de Free va encore plus loin de sa concentration des acteurs de demain en proposant une solution résidentielle qui devrait réunir plus de 100 colocations de 95m2 réunissant jusqu’à 6 entrepreneurs chacune. L’idée est de réunir espace privé et professionnel pour de petites équipes d’entrepreneurs qui souhaitent investir 100% de leur temps dans leurs projets. C’est une étape de plus dans le travail en communauté, bien au-delà des espaces de co-working, il y a là une notion de co-living à des fins de productivité.

Des limites intrinsèques ?

Cette recherche de productivité au détriment de la distinction vie privée/vie professionnelle semble pousser à son paroxysme la notion de co-création et par la même occasion exposer ses limites. En effet, les espaces de travail collaboratif mettent en avant la bonne ambiance de travail grâce à l’amélioration de la communication entre les employés. Celle-ci passe par une plus grande promiscuité et par la notion « d’amusement » au sein du travail. Mais le projet de Xavier Niel se place bien au-delà d’une simple proximité professionnelle en faisant de jeunes talents des collègues, des amis et des colocataires. Bien qu’il soit possible d’imaginer un gain de créativité par une réflexion quasi permanente, il faut aussi s’interroger sur le bien-être des créateurs dont la vie professionnelle n’a plus de limite géographique. Il n’y a plus de domicile ni de bureau, tout est regroupé en un même lieu. L’autarcie causée par l’enfermement sur soi-même (intra start-up) ne semble pas positive pour l’entrepreneur qui n’a plus d’exutoire. De plus, la réalisation professionnelle peut se retrouver impactée par le manque de regard sur l’extérieur.

Le territoire et le travail collaboratif en symbiose

Si le projet @home venait à démontrer une quelconque efficacité, l’espace urbain se retrouverait transformé par le regroupement du résidentiel et des bureaux. Il faudrait imaginer des infrastructures qui permettent à ces travailleurs-habitants de s’extraire de leur milieu. Le thème clé de la ville de demain se dessine ici : comment offrir un cadre ouvert aux entrepreneurs ? Dans cette logique de centralisation des lieux de vie, la FING a imaginé, dans son dossier « Softplace : Une exploration des écosystèmes de lieux hybrides », le café comme lieu de partage et de travail. Ce dernier pourrait être l’espace de travail communautaire par excellence mais aussi un lieu d’interactions, en jouant un rôle de conciergerie ou de livraison (équivalent au Amazon Locker), etc.

De tels projets peuvent a contrario créer aussi un enfermement humain, culturel et intellectuel. Une expérience de ce type a déjà eu lieu, avec l’université de Moscou. Commandée par Staline en 1953, c’est un édifice monumental, une ville dans la ville. Les étudiants n’avaient nul besoin d’en sortir, toutes leurs activités étant regroupées dans l’unique bâtiment. Il est vraisemblable que l’objectif était d’endiguer les révoltes intellectuelles en séparant les différents milieux sociaux. Or, une telle composition du territoire s’inscrit dans la démarche inverse des lieux de travail collaboratif.

Vers une optimisation de l’espace ?

Pour entrer dans une démarche vertueuse vis-à-vis du territoire et que ce dernier serve les intérêts des jeunes entrepreneurs, il est nécessaire de le modéliser comme un espace ouvert. Les bâtiments seront multi-activités et intégrés dans un espace ouvert afin d’être un outil de la démarche créative. En effet, il est peut-être possible d’imaginer un territoire entier dédié au co-working. Chaque bâtiment pourrait regrouper une activité de la vie quotidienne et une spécialité (living lab, fab lab, hackerspace, etc.) afin qu’il y ait des interactions permanentes entre les différents entrepreneurs. Ces derniers pourront mettre leurs compétences au service des autres sur un modèle de troc intellectuel ou d’open-source physique. De plus, il faudrait imaginer des relations numériques au sein de ce territoire de la création : le travailleur de la boulangerie living lab recevrait une notification lui indiquant l’arrivée de son colis dans le café fab lab à deux rues d’ici. En ce sens, le territoire serait un espace de travail collaboratif mais aussi associatif, commerçant. Il deviendrait un lieu de vie agréable et optimisable à l’usage de ses habitants. En résumé, le territoire créatif de demain doit être une plateforme open-source pour tout le monde.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *